Le véhicule autonome provoquera-t-il le prochain big bang territorial ?

 Borne indiquant la limite départementale entre Loire et Rhône. Credit: Benoît Prieur (Agamitsudo) - CC-BY-SA
Borne indiquant la limite départementale entre Loire et Rhône. Credit: Benoît Prieur (Agamitsudo) - CC-BY-SA

Le véhicule autonome n'en finit pas de susciter fantasmes et conjectures. Si son usage se démocratise effectivement dans les prochaines décennies, cela pourrait révolutionner le marché de l'automobile bien sûr, mais aussi l'organisation des mobilités urbaines et plus généralement nos modes de vie.

 

Quand Wired interrogeait en 2016 parmi des experts de la ville de demain pour les sonder sur l'impact du véhicule autonome, chacun se prenait à rêver de nouveaux usages pour les parkings, s'inquiétait aussi d'un possible regain de trafic automobile... Mais un enjeu manquait toujours à l'appel : la capacité réelle des territoires à prendre en charge ce nouveau mode de transport.

 

Pour qu'un véhicule soit en mesure de se diriger sans intervention humaine, il faut une réelle transformation de l'infrastructure routière. Dans un récent rapport du Sénat, que j'ai relaté pour Localtis, le coût de cette modernisation est estimé à plusieurs milliards d'euros : mais aucun chiffrage précis n'a encore pu être réalisé. Chacun est conscient que cet investissement, de part son coût mais aussi sa complexité, se réalisera de manière graduelle selon les territoires.

Dit de manière plus crue : les véhicules ne seront pas aussi autonomes et sûrs en zones rurale et périurbaine qu'à Lyon et Paris.

 

Or, le réseau routier français est long de 950 000 kilomètres : autoroutes, routes nationales structurantes, axes départementaux... mais aussi routes communales, qui irriguent chaque hameau du territoire. Ces routes ne sont pas le reliquat d'une époque révolue, mais un facteur essentiel d'attractivité, qui préside à l'accessibilité des exploitations agricoles, du tissu périurbain diffus, de nombreuses résidences secondaires. Bref, sans cette capillarité routière hors du commun, la France ne serait plus ce qu'elle est.

 

Maintenant, imaginons que la digitalisation n'investisse qu'une petite part du réseau routier. Imaginons ainsi que le propriétaire d'une voiture autonome doive, quand il s'agit de circuler en zone rurale, changer ses nouvelles habitudes de conduite en reprenant le volant et en veillant soi-même à toutes les limitations de vitesse. Qu'il ne soit pas non plus prévenu d'un blocage sur la route, d'un accident. Imaginons même que la digitalisation du réseau routier se réalise à la discrétion de chaque département, ou même de chaque commune. Cette situation ne serait pas sans rappeler les pays où les réseaux routiers goudronnés et stabilisés se côtoient. Deux types d'infrastructure pour un territoire à deux vitesses.

 

Pour éviter cette extraordinaire régression, réfléchissons-y dès maintenant : que le véhicule autonome ne soit pas un angle mort de la vision stratégique des collectivités.

 

Pour aller plus loin :

• le rapport du Sénat sur le véhicule autonome : "Véhicule sans chauffeur : le futur imminent"

• la vision prospective de Léonard, une initiative de Vinci

que penser de la navette autonome Navya ? sur le site d'HEXAG'ON