Les villes au révélateur du déclin démographique

Hollyn Johnson/The Flint Journal via Associated Press
Hollyn Johnson/The Flint Journal via Associated Press

En 2050, 65% de la population mondiale sera urbaine. Mais dans le même temps, il existe des milliers de villes dans le monde qui endurent plutôt une phase de décroissance, et les décideurs locaux sont désemparés par le phénomène. En examinant les stratégies urbaines de deux villes américaines (Flint et Youngstown) et deux villes allemandes (Kaiserslautern et Zwickau) qui ont perdu une forte part de leur population, trois chercheurs européens* nous donnent l'occasion d'observer la manière dont des décideurs locaux tentent de réagir face à un changement structurel de leur territoire.

Les délocalisations des industries occidentales ont fait des dégâts. À Flint dans le Michigan, la population est passée, depuis 1960, de 200 000 à 100 000 âmes. Demain, ce sont la robotisation ou encore les changements climatiques qui pourraient produire des renversements d'une telle ampleur. Aux États-Unis, où le droit à l'erreur vaut plus pour les entrepreneurs que pour les territoires, le déclin n'est pas une option. À Flint, on a fait des pieds et des mains pour attirer de nouvelles usines automobiles, et même une succursale du Pentagone. En Allemagne de l'Est, les villes moyennes tablent sur leurs universités pour rebondir, et implantent des centres commerciaux en centre-ville.

Ce n'est qu'après plus de vingt années de déclin démographique que ces villes ont décidé de reconnaître le caractère inéluctable du phénomène. Les décideurs locaux ont mis en place des démarches de planification plus participatives, qui se concentrent sur la qualité de vie des habitants. Face à des budgets en baisse et des rues désertiques, les villes américaines ont fait le choix de rationaliser les réseaux routiers et l'entretien des espaces publics, actant que la population ne reviendrait jamais à ses sommets historiques. En Allemagne, on tente d'aménager les espaces vacants en espaces récréatifs, on crée de nouveaux modèles de ville "à trous" où le cadre de vie respire et s'améliore.

Mais face au déclin, les élus locaux ne savent sur quel pied danser. L'expansion démographique est-elle un passage obligé pour honorer son mandat politique, et agir en faveur de ses habitants ? A-t-on le droit de baisser les armes et d'accepter qu'une ville, à terme, rétrécisse ? Flint, ville en décroissance, fut aussi le théâtre récent d'une terrible pollution d'eau potable : dans une ville qui s'écroule, il ne fait pas bon vivre. En effet, le déclin démographique amène avec lui la crise fiscale et la méfiance des acteurs extérieurs.

Pour que la décroissance ne soit plus une honte, et que les décideurs locaux puissent aborder cet enjeu avec pragmatisme, deux révolutions sont donc nécessaires : éviter la sanction budgétaire, et reconnaître que le changement de taille démographique n'est pas toujours, pour une ville, l'augure d'une catastrophe. Les territoires sont dépendants de dynamiques qui les dépassent largement. Cela ne les empêchera pas de rester, et même parfois devenir, des lieux où il fait bon vivre.

* Pallagst, Karina & Fleschurz, René & Said, Siba. (2017). What drives planning in a shrinking city? Tales from two German and two American cases. The Town planning review. 88. 15-28.