Les territoires s'engagent en faveur de la mobilité des précaires

Longtemps considérée en termes d’infrastructures lourdes, la mobilité est aujourd’hui appréhendée de manière plus souple, en tant que service rendu aux usagers.

 

 

De nombreuses entreprises de l’économie sociale et solidaire s’intéressant à la lutte contre l’exclusion et le retour à l’emploi y ont d’ailleurs contribué. De la coopération avec ces entreprises est née une sensibilisation des collectivités territoriales à leur capacité d’agir contre le manque de mobilité des publics précaires.

 

 

 

Initiatives citées dans cet article :

  1. En route pour l'emploi, offre de location de voitures à bas coût portée par la région Hauts-de-France
  2. Papa Charlie, offre de location de voitures à bas coût portée par une association public-privé en Île-de-France
  3. Rezo'pouse, plateforme d'autostop proposée par une entreprise privée
  4. Covoit'ici, bornes de covoiturage installées en partenariat avec la région IdF, le PNR du Vexin, la CU Grand Paris Seine Oise, et le département du Val d'Oise.

 

De nombreuses personnes sont encore écartées du marché de l’emploi faute de mobilité. D’après une étude du Laboratoire de la mobilité inclusive,  50% des personnes en insertion ont déjà refusés ou été écartés d’un emploi faute de mobilité. Cette absence de mobilité se décompose en deux volets : l’absence de véhicule personnel et l’absence d’accès à un réseau de transports en commun de par sa situation géographique ou les horaires de l’emploi.

 

Sensibilisées à ce problème qui freine l’accès de leurs administrés à l’emploi sur le territoire, plusieurs collectivités territoriales, souvent en s’associant à des entreprises ou des associations de l’ESS, ont mis en place des initiatives pour lutter contre le phénomène. Nous verrons quelles formes peuvent prendre l’aide à la mobilité et en quoi ces initiatives sont innovantes, agiles et relativement économes.

 

L’intervention dans ce domaines entre pour les communes dans le cadre de la clause générale de compétences, et dans le cadre de la politique de développement économique des EPCI et de la Région. Il est possible de regrouper ces initiatives en deux groupes : la location de voitures à tarifs et conditions favorables, et l’organisation d’une offre de covoiturage ou d’autostop.

 

Les locations de voitures représentent un investissement et une logistique supérieurs à l’instauration d’un réseau de partage de véhicule. Ces réseaux de partage peuvent être portées par des sociétés comme Rezo Pouce (SCIC) ou constituer un service public à part entière comme Covoit’Ici organisé par le Département du Val-d’Oise, la Région Ile-de-France et d’autres acteurs publics.

Rezo Pouce propose d’installer un réseau d’auto stop conventionné sur différents territoires, avec une application permettant de mettre en relation des usagers titulaires d’une voiture et d’autres cherchant à faire un trajet. Des espaces de dépose dédiés sont installées à cet effet sur le territoire, par exemple au niveau d’une gare ou d’un lieu de vie ; la collectivité a accès aux statistiques d’utilisation du projet sur son territoire. La collectivité paye un forfait en fonction des besoins initialement identifiés sur le territoire.

Covoit’Ici est une offre de covoiturage de courte distance proposé sur les départements des Yvelines et du Val-d’Oise, entièrement portée par des personnes publiques. Le système est simple : des bornes sont installées à plusieurs endroits pour permettre aux piétons de partager leur trajet avec un conducteur qui aurait déjà proposé son trajet. Il faut payer un abonnement de 1,99€ par mois et payer 0,12 centimes d’euros du kilomètre afin de participer aux frais du conducteur. Le coût unitaire d’une borne de covoiturage est de 35000€.

 

En matière de location, la région Hauts de France a lancé le projet “En route pour l’emploi” en lien avec son agence Proch’Emploi afin de fournir un véhicule pendant la période d’essai d’une personne qui décroche un CDD de 3 mois minimum ou un CDI pour un salaire mensuel inférieur à 1800€ brut et n’aurait pas accès aux transports collectifs, y compris à cause de ses horaires. L’agence ne demande pas de dépôt de garantie et la tarification est de 2 euros par jour. A l’heure actuelle 40 véhicules sont disponibles à la location et Xavier Bertrand, président de la région se félicite “de proposer une offre qui n’existait pas avant”.

 

D’autres initiatives similaires ont déjà vu le jour, portées par des acteurs privés comme Papa Charlie, une émanation de Planèt’AIRportⓇreconnu par l’ONU et oeuvrant sur le bassin d’emploi d’Aéroports de Paris. Cette association réunissant des acteurs publics et des entreprises existe depuis une vingtaine d’année et dispose d’un dispositif bien rodé et étendu qui va jusqu’à la négociation des primes d’assurance pour les travailleurs suivis. Ici, le travailleur ou la personne en formation doit déposer une garantie de 300€ et s’acquitter d’une somme de 4€ par jour, divisée par deux s’il s’engage à covoiturer avec d’autres personnes dans le besoin qui n’auraient pas le permis de conduire ou s’il s’engage à être accompagnant d’une personne en conduite accompagnée. Les conducteurs suivis bénéficient en prime d’un accompagnement personnel afin de faciliter leur retour à l’emploi et à l’autonomie, notamment en les aidant à gérer leur budget auto par rapport à leurs nouveaux revenus etc.

 

D’autres initiatives de ce type, publiques, privées ou mixtes semblent émerger progressivement de terre maintenant que les acteurs locaux sont sensibilisés à la mobilité inclusive. Ces différents exemples de degrés d’implication publique plus ou moins prononcée en matière de mobilité font partie des nouveaux modes d’intervention agiles et économes des collectivités territoriales. Plutôt que de créer de nouvelles lignes de transports en commun peu utilisées et ruineuses, on préfère aménager des solutions équitables, adaptées aux besoins de la population, reposant sur des initiatives individuelles à même de créer du lien social par ailleurs. Avec le développement du numérique et l’évolution des mentalités, il y a fort à parier que les initiatives type bornes de covoiturages permettant le partage de trajets courts vont se développer avec le soutien financier des personnes publiques.

 

“En route pour l’emploi”, la location de voitures organisée par la Région Hauts-de-France est singulière en ce qu’elle est entièrement publique. Elle présente donc un coût et un investissement plus important, ne serait-ce que pour l’acquisition et l’entretien des véhicules. Il faut aussi compter la gestion administrative des dossiers de candidatures qui présentent un coût de personnel supplémentaire. L’initiative témoigne d’une vision plus étendue de la lutte pour l’emploi et la mobilité qui est aujourd’hui un objectif clairement affiché par les exécutifs régionaux et sera peut être déclinée en d’autres points de l’hexagone.