Les ultimes fortifications parisiennes : 1841 - 1920

L’enceinte de Thiers constitue pour une enveloppe extrêmement hermétique, qui circonscrit formidablement la population parisienne dans un intra-muros toujours aussi prégnant 140 ans plus tard. Découverte 

L’enceinte de Thiers constitue pour sa part une enveloppe extrêmement hermétique, qui circonscrit formidablement la population parisienne dans un intra-muros toujours aussi prégnant 140 ans plus tard.

 

Lors de sa construction, elle a rompu bien des tissus urbains, scindant notamment les communes de Montrouge,  Issy, Neuilly, Clichy ou Saint Mandé, dont les quartiers intra-muros ont gardé leurs noms d’époque, malgré la phagocytose parisienne. Petit Montrouge (mieux connu comme Alesia), Javel, Ternes, Batignolles et Bel-Air sont les traces de ces anciennes villes de banlieues victimes d’une scission administrative digne des murs édifiés à Berlin ou Belfast bien des années plus tard. Cette rupture des tissus urbains, on le voit bien sur la carte, s’est faite au prix de nombreuses destructions, pour ménager à l’extérieur de l’enceinte un glacis défensif de 250 mètres de largeur théoriquement inconstructibles (non aedificandi, d’après les règlements d’urbanisme d’époque).

 

La « Zone », comme on appelait cette terre de non-droit, s’est pourtant vue coloniser par une population très pauvre de zonards, principalement exclus de Paris par la spéculation immobilière du Paris haussmannien. Ces petites gens – dont le sobriquet a traversé les âges pour désigner dans un langage peu châtié un banlieusard - ont organiquement repeuplé les villages d’antan en y construisant de nombreux bidonvilles jusqu’au début du XXe siècle, décrits notamment par Louis-Ferdinand Céline dans son Voyage au bout de la Nuit :

« ... cette espèce de village qui n'arrive jamais à se dégager tout à fait de la boue »

 

Finalement, cette zone fut plus solide que l’imposante enceinte qui l’avait physiquement exclue de la communauté parisienne. En effet, peu après que la destruction des fortifications de Thiers à l’issue de la Grande Guerre, les zonards furent partiellement accueillis dans de nouveaux logements salubres, les Habitations Bon Marché (l’ancêtre des HLM), qui comblaient ainsi l’espace laissé vacant par la destruction du glacis défensif parisien. La Zone subsista tout de même jusqu’à ce qu’on exproprie, dans les années 1930,  les habitants précaires de cette frange urbaine pour y construire, sur le tracé qui deviendra celui du Périphérique parisien, un premier boulevard circulaire.