A la recherche du temps cartographique #2 : La ceinture des fortins parisiens

La capitale française offre, dans les années 1870, le curieux diptyque d’une cité lumière tout juste reconfigurée par les spectaculaires percées haussmanniennes, et d'une ville encore sous le coup du traumatisme, récemment assiégée. En somme, le Paris de 1876 restitue sous sa forme urbaine le puissant mythe du phœnix qui renaît de ses cendres, mythe aujourd’hui recyclé sous le curieux terme de résilience par les professionnels de l'urbain.

Paris est, en 1876, une ville meurtrie, en état de choc : elle a subi le revers de 1870 – 1871 contre la Prusse, puis les terribles évènements de la Commune qui l’ont saignée de l’intérieur. Paris est alors  une cité sur ses gardes, qui se sent le dos au mur, et qui s’acharne à renforcer, une fois de plus, son imposant système défensif, contre le péril prussien. Telle une louve piégée, au pied du mur, telle la bande d’ouvriers acculés au fond du cimetière du Père Lachaise le {date} 1871, l’alme et inclite cité montre ses dents. En plus des fortifications de Thiers, bâties entre 1840 et 1845, Paris se pare dans les années 1870 d’une imposante ceinture de forts défensifs, dont il convient de rappeler la fonction stratégique.

Ces forts étaient systématiquement construits à proximité d’un axe de communication : ils commandaient les accès à la capitale. La garnison d’un fort pouvait soit défendre son camp retranché, et ainsi imposer de lourdes pertes à l’envahisseur, soit constituer une force de frappe menaçante lorsque les troupes ennemies choisissaient de forcer le chemin sans combattre, imposant ainsi aux généraux adverses de surveiller leurs arrières, c’est-à-dire d’immobiliser des troupes pour stopper l’éventuelle sortie de la garnison du fort qui prendrait l’armée de siège en revers.

A cette première ceinture de forts, édifiée à environ cinq kilomètres de l’enceinte de Thiers, les autorités décident en 1874 d’adjoindre une nouvelle série de fortins défensifs, cette fois-ci à une distance de dix à vingt kilomètres de la capitale. Ces avant-postes sont progressivement élevés entre 1874 et 1885, sur la ligne des hauteurs d’où l’ennemi a bombardé la ville lors du dernier siège ; le cartographe a pris la peine de tracer en rouge, sans doute à la toute fin de son remarquable travail, les forts qui sont alors en construction : à Châtillon et Villejuif au sud, à Vaujours et Chelles vers l’est, à Stains au nord, à Saint-Cyr, enfin, à l’ouest. Ces forts ont pour la plupart été intégrés aux territoires communaux qui les environnent ; les mairies leur ont réservé des sorts les plus divers.