Le patrimoine français, de la ressource à la plateforme

Il y a quelques jours encore, les journées du patrimoine battaient leur plein. Le patrimoine : un levier de croissance trop souvent méprisé pour nos territoires. Mais quel rapport entre quelques touristes du dimanche découvrant l'église du coin, et le développement local ?

On aime dire que la France est un beau pays, mais on réalise peu à quel point. La France est littéralement constellée de patrimoine. Qui plus est, parmi les dizaines de milliers de monuments historiques recensés, bon nombre sont de grande valeur. En témoignent ici les cartes des monuments qui remontent au Moyen-Âge, d'après notre retraitement de la base publique MERIMEE.

Les monuments que nous avons identifiés comme médiévaux sont ceux dont la datation

des vestiges les plus anciens encore présents sur le site correspond à l'époque médiévale.

 

Mieux encore, contrairement à d'autres atouts, le patrimoine est présent partout sur le territoire. Par exemple, si l'on ne retient que les monuments classés situés dans les communes de moins de 2000 habitants, la masse reste encore impressionnante.

Les monuments classés représentent un tiers des monuments historiques.

Ce sont les plus importants : l'Etat a reconnu un intérêt public fort à leur conservation.

Face à tant de richesses, il est nécessaire de développer une approche stratégique fine de valorisation au service du développement local. Or, souvent, l'intérêt économique du patrimoine est sous-estimé. La portée du patrimoine est pourtant très profonde : les français sont passionnés d'identité. L'histoire n'est pas que le substrat d'une filière touristique et culturelle. Nos monuments, notre histoire, peuvent constituer le socle du développement économique local, par leur capacité à fédérer et créer du consensus.
Nous devons donc passer de la vision du patrimoine-ressource, à celle du patrimoine-plateforme.
Quand on réduit le patrimoine à une simple ressource, on mobilise surtout deux canaux économiques :
  • d'une part en amont, une filière en rapport avec la restauration patrimoniale, vitalisée par la commande publique ;
  • d'autre part, en aval, l'industrie touristique, qui capitalise sur la présence de sites remarquables.
Or, cette équation est loin d'être toujours tenue. Du côté de l'industrie touristique, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Si le Mont Saint-Michel est une machine à cash, une basilique romane remarquable, même classée au patrimoine de l'UNESCO, peut, elle, plus coûter qu'elle ne rapporte. Du côté de la restauration patrimoniale, l'activité reste très dépendante des aléas de du financement public, malgré le développement du mécénat.
 
Alors, pourquoi en rester là ? Appréhendons plutôt le patrimoine comme une plateforme de convergence et de croisement des différents acteurs et des différentes activités du territoire.
Parce qu'il a un potentiel fédérateur et iconique qui permet l'émergence de projets originaux, le patrimoine est un des meilleurs exemples de ces communs dont parlent les politologues et les chercheurs de la ville. En France, beaucoup se sentent concernés par la problématique patrimoniale, et c'est en tant que citoyens que nous considérons avoir un droit de regard sur la gestion des monuments incarnant notre histoire.
La construction d'identité constitue donc le socle de la valorisation patrimoniale : à travers le patrimoine, l'identité d'une communauté locale est renforcée ; et tout au contraire, un patrimoine laissé en déshérence envoie un très mauvais signal sur l'estime de soi que se porte un territoire.
Les différentes méthodes de valorisation du patrimoine se renforcent mutuellement. La dynamique repose sur le fait que le patrimoine est appréhendé comme un lieu de rencontre, et non comme une ressource inerte.
  • Rencontre des savoir-faire, avec une mise en valeur des traditions artisanales et industrielles locales, à hybrider avec les innovations que le territoire porte en gestation, et pour lequel le patrimoine constitue un living lab idéal ;
  • Rencontre des acteurs du territoire, en construisant une fierté commune à partir d'un objet qui fait consensus, et en donnant l'occasion d'apprendre à travailler ensemble autour d'objectifs partagés (exemple : levée de fonds participative pour une mise en valeur, obtention d'un label...).
Tout cela sans oublier la traditionnelle valorisation touristique, qui s'en trouve considérablement renforcée, car non pas coupée de la dynamique locale, mais imbriquée.
 
La France devrait bel et bien en finir avec son passé ; non pas pour le jeter à la poubelle, mais pour en faire du présent, et comprendre que les vieilles pierres sont le meilleur support des idées neuves.