Après l'Euro : où est la France de l'élite ?

L'Euro des Bleus s'est conclu sur une désillusion cruelle, qui ne doit cependant pas faire oublier le succès populaire de leur parcours. Audiences record, multiplication des marques de sympathie, starification des joueurs... Une réelle alchimie s'est créée entre l'équipe et son public. Or, ce dénouement n'était pas écrit d'avance. L'équipe de France inspirait souvent la méfiance, et le sentiment latent qu'elle ne représentait pas son pays : trop de joueurs issus des "quartiers", ou, tout au contraire, trop peu de joueurs d'ascendance maghrébine. Pour l'occasion, le gouvernement a même ressorti son opération #coupdesifflet contre les discriminations dans le sport, pour lutter contre l'affirmation : "de toute façon", il n'y a plus de Français dans l'équipe de France !"

 

Le climat étant plus serein après cet Euro, l'équipe d'Hexag'On a décidé de conjuguer sa passion territoriale avec son goût du football pour concocter une carte insolite. Nous nous sommes demandés à quel point ceux qui sont perçus comme la fine fleur de la nation, dans des domaines divers, représentent l'hexagone dans son entier. Nos élites proviennent-elles toutes de la même pâte ? Nous avons comparé le 11 d'entrée de l'équipe de France à l'Euro, aux 11 ministres les plus importants et aux 11 premières fortunes de France, en répertoriant leurs lieux de naissance.

Premier enseignement : trois agglomérations regroupent les berceaux de la crème du business, quand celle-ci n'est pas née à l'étranger. La France du football et celle de la politique sont bien plus étalées et diverses. Le faible effectif de points explique que certaines régions (comme l'Est, l'Aquitaine) se trouvent délaissées. Mais on observe pour autant que tant les ministres que les footballeurs proviennent d'horizons territoriaux divers : sud, région lyonnaise, Bretagne, agglomération toulousaine...

 

Un petit clin d'œil footballistique donc, pour nous rappeler une tendance fondamentale de notre nation : le melting-pot des régions. La France qui compte n'est pas seulement parisienne, elle est largement issue des territoires. “Je viens de Toulouse”, “moi j’étais un minot marseillais”, “mon père est picard”, “on a toujours été bretons”... Ces phrases ne sont pas démodées, bien au contraire : c’est la marque d’un pays où les personnes circulent, se croisent et se rencontrent en partageant leurs origines. L’Hexagone a de beaux jours devant lui. Reste à savoir si les saveurs de ces différentes régions sont toujours aussi variées ; et sur ce point le doute est permis. L’origine des ministres et des footballeurs est-elle facilement décelable ? Non, et pour cause : ils proviennent des villes, et parfois de quartiers similaires, où le mode de vie s’uniformise. La diversité des origines de nos élites sonne comme une surprise, et c’est l’occasion de s’interroger : la mosaïque des régions françaises constitue-t-elle encore une richesse culturelle visible pour notre pays ?

 

A l’heure où la diversité est un facteur clef de la réussite économique, il est grand temps de refaire de notre melting-pot géographique un véritable atout national.